Covid-19 : et Dieu, dans tout ça ?

(Retranscription d’une prédication donnée le 05 avril 2020, durant le confinement dû au Covid-19). Egalement disponible à l’écoute sur ma chaîne Youtube.

Nous vivons des temps exceptionnels et nous croyons, quand on est chrétien, que Dieu est souverain. Et donc, une question légitime est : « comment ma foi en un Dieu souverain s’articule-t-elle avec la réalité d’une pandémie ? »

J’ai voulu aborder ce sujet là en sachant que c’est un sujet qui me dépasse complètement (qui nous dépasse tous complètement !). Il nous dépasse complètement parce que nous sommes en train de parler de Dieu (et que Dieu nous dépasse), et que nous parlons d’une pandémie. Or, je suis confiné chez moi comme chacun. Cela s’est imposé à moi, je ne l’ai pas choisi, tandis que cette épidémie s’étend sur la planète entière. Donc, ça me dépasse : c’est bien au-delà de moi-même et de ce que je suis.

Pourquoi est-ce que j’ai voulu aborder ce sujet s’il me dépasse tant que cela ? Pour deux raisons. La première, c’est que beaucoup se posent la question et qu’il n’est donc pas inintéressant d’essayer d’apporter une réponse. La deuxième, c’est que beaucoup ont déjà essayé d’apporter une réponse et que ce que j’ai pu entendre sur internet ne m’a pas toujours paru très édifiant. [1]

Je voudrais en particulier vous inviter à une certaine prudence avec ce qui peut être fait sur la base des récits apocalyptiques. Parce qu’en fait, des moments apocalyptiques comme celui qu’on est en train de vivre (je crois que ç’en est effectivement un !), il y en a eu plein dans l’histoire du monde. Et c’est bien normal et naturel, puisque l’apocalypse elle-même nous présente quelque chose de cyclique. Et donc, à chaque fois qu’il y a un moment comme celui que nous vivons actuellement il est effectivement tentant d’interpréter les événements à la lumière des récits apocalyptiques, et de plaquer sur les images qu’ils contiennent des noms de personnes, de lieux, etc.

Ce n’est pas complètement faux de le faire, mais je pense que ce n’est pas tout à fait juste de présenter ces événements là comme étant nécessairement les événements qui montrent que le Seigneur est sur le point de revenir pour le jugement dernier, même si ce sont des temps qui attirent évidement notre attention et nous invitent à revenir à Dieu, des temps qui nous invitent à la repentance.

Cette mise en garde faite, je ne vais pas m’étendre d’avantage et vais simplement vous inviter à me suivre dans la Parole de Dieu, en 1 Rois 8.22-53.

Lecture : 1 Rois 8.22-53

Dans ce texte, Salomon évoque tout un tas de difficultés éventuelles pour le peuple : quelqu’un qui commet un péché contre son prochain (31) ; le peuple battu par ses ennemis (33) ; la sécheresse (35) ; la famine, la peste et autres fléaux (37).

Au milieu de toutes ces difficultés il y a toutefois des rappels très importants :

  • Dieu est Dieu, et il est souverain : « Il n’y a pas de dieu semblable à toi, ni dans le ciel, en haut, ni sur la terre, en bas » (23).
  • Il est fidèle : « Tu gardes l’alliance et la fidélité envers tes serviteurs qui marchent devant toi de tout leur cœur » (23).
  • Il est grand, plus grand que la terre elle-même et les tourments qui l’affligent : « Dieu habiterait-il vraiment sur la terre ? Le ciel et le ciel du ciel ne peuvent te contenir » (27).
  • Il entend nos cris et nos supplications, et il est disposé à pardonner à celui qui se repent, à rendre la justice, à nous faire droit (29, 32, 34, 36, 39, 43, 45, 49-50). Quand la Bible insiste comme ça, en principe c’est que c’est important.

Il n’empêche que le peuple, donc, tout peuple de Dieu qu’il soit, va connaître des souffrances. Pourquoi ?

  • D’abord, parce que la création tout entière souffre les conséquences du péché d’adam. Ce monde, du fait du péché qui l’a infesté, ne fonctionne plus comme il devrait. C’est vrai pour notre relation avec Dieu, c’est vrai pour nos relations interpersonnelles, et c’est vrai aussi pour la création qui nous entoure : catastrophes naturelles qui engloutissent animaux et êtres humains croyants ou non, maladies qui touchent et qui emportent petits et grands, sont à minima le fruit du péché qui est entré dans le monde. Ainsi, le juste peut souffrir d’un péché qui n’est pas à proprement parlé le sien propre. C’est l’histoire de Job. Mais plus encore, c’est l’histoire de Jésus.
  • Ensuite, parce que nous sommes pécheurs. Un seul est sans péché : Jésus-Christ, fils de Dieu. Quant à nous, nous sommes prompts à nous éloigner de la volonté du Créateur, à douter de son amour, à penser que de meilleurs chemins que ceux qu’il nous offre sont possibles et à tenter de les arpenter. En général, ça se passe mal. Cela génère de la souffrance, non seulement pour nous mais aussi pour ceux qui nous sont proches. Ici, il y a besoin de repentance individuelle.
  • Enfin, parce que nous sommes pécheurs collectivement. Dans ma dernière prédication, j’ai parlé du fait que nous ne sommes pas une île. Que nous sommes un corps social. Je pourrais faire tous les efforts du monde, je sais que le simple fait d’habiter dans un pays industrialisé de l’hémisphère nord me fait participer, en simple consommateur que je suis (et même en consommateur consciencieux) à la destruction de la création et à l’exploitation d’êtres humains. Ceci, parce que notre société occidentale a pris un tel pli qu’il m’est quasiment impossible, sauf à prendre des mesures drastiques qui me mettraient en marge de la société (un chemin pris par de plus en plus de gens !), de réduire mon empreinte écologique à un niveau soutenable pour la planète et qui n’exploite ni ne tue personne. Ici, c’est d’une repentance collective, sociétale, dont il y a besoin. Et cette repentance ne peut venir que de ceux que Dieu a placé en position d’autorité : dans notre texte, Salomon. Dans notre société, Emmanuel Macron et les dirigeants de tous les pays du monde. Néanmoins, l’Eglise a son rôle dans cette histoire : celui de l’interpellation prophétique.

Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, et je le répète parce que je crois que c’est important : le mot grec qui est traduit par « jugement » dans nos Bibles est le mot « crisis », qui a donné « crise » en français. C’est important, parce que cela nous met la puce à l’oreille : toute crise existentielle peut être comprise sous l’angle du jugement divin. Le Covid19 est une « crise sanitaire », on nous le rabâche à longueur de temps.

Le problème avec le terme de jugement, c’est qu’il évoque en nous des images apocalyptiques sorties tout droit d’Hollywood : le « jugement », dans notre imaginaire, c’est souvent l’idée de l’enfer qui s’abat sur la terre. Or, Anna l’a signalé lors de sa prédication il y a trois semaines, l’Apocalypse – celle de nos Bibles, pas celle d’Hollywood – est une histoire qui se termine bien ! Il suffit de relire Apocalypse 22. Elle se termine bien, en tout cas, pour celles et ceux qui se trouvent du bon côté, du côté de la vie sans cesse gagnante en Jésus-Christ, au jour du jugement dernier.

Et justement, toute crise ici-bas est une prémisse de ce jugement eschatologique, ce jugement final. Les prémisses du jugement dernier que nous vivons ici-bas sur la terre nous donnent une opportunité que nous n’aurons plus au jour du Seigneur, le jour du grand jugement : celle de la repentance. Ces prémisses du jugement dernier n’ont pas pour objectif de nous condamner, mais de nous sauver. Nous connaissons Jean 3.16 par cœur : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Connaissons aussi Jean 3.17 et 18 : « 17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. 18 Celui qui croit en lui n’est pas jugé, mais celui qui ne croit pas est déjà jugé parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »

Et en Jean 12 :

46 C’est pour être la lumière que je suis venu dans le monde, afin que tout homme qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. 47 Si quelqu’un entend ce que je dis, mais ne le met pas en pratique, ce n’est pas moi qui le jugerai ; car je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver.

48 Celui donc qui me méprise et qui ne tient pas compte de mes paroles a déjà son juge : c’est cette Parole même que j’ai prononcée ; elle le jugera au dernier jour. 49 Car je n’ai pas parlé de ma propre initiative : le Père, qui m’a envoyé, m’a ordonné lui-même ce que je dois dire et enseigner. 50 Or je le sais bien : l’enseignement que m’a confié le Père c’est la vie éternelle. Et mon enseignement consiste à dire fidèlement ce que m’a dit le Père.

La condamnation, c’est notre lot commun à tous. La question n’est pas de savoir si nous allons être condamnés ! La question est de savoir si nous allons être sauvés. Jésus-Christ a porté sur lui le poids de notre péché. C’est pour cela qu’il est mort à la croix. Pour que nous puissions vivre libres. Pour que nous puissions vivre sous son joug, un joug qui n’écrase pas puisqu’il le porte avec nous. Placer notre foi en Christ, c’est passer de la mort à la vie. Cela implique de nous repentir. Et ce chemin de vie, nous avons à l’arpenter tout au long de notre vie chrétienne. Nous avons à nous repentir, parce que nous sommes pécheurs.

Alors, dans cette crise sanitaire, nous repentir de quoi ? Car enfin s’il y a vraiment, par cette crise sanitaire, un appel à la repentance de la part de notre Dieu, c’est bien qu’il y a des choses desquelles nous devrions nous repentir. C’est là, peut-être, qu’il ne faut pas trop se précipiter pour tirer des conclusions. Mais puisque cette crise sanitaire est planétaire, puisqu’elle touche tout le monde, puisqu’il parait que le jugement commencera par l’Eglise (1 Pierre 4.17) et que c’est bien ce que les médias laissent entendre dès qu’ils parlent de la Porte Ouverte de Mulhouse, nous aurions tort je crois de ne pas nous sentir concernés. Nous manquons encore de recul pour un bilan exhaustif, néanmoins il n’est pas interdit de s’interroger.

Alors, je m’interroge à voix haute devant vous. Et je vais le faire en vous lisant une publication trouvée sur Facebook.[2] Elle a été écrite par une dame du nom de Francesca MORELLI, psychiatre et psychothérapeute italienne.[3] Et je m’émerveille, en lisant cela, de ce que la théologie appelle la « grâce commune », cette grâce que Dieu dispense à tous les humains, qu’ils soient croyants ou non croyants. Que je sache, cette femme n’est pas chrétienne puisqu’elle fait appel au « cosmos ». Mais remplacez ce qu’elle appelle le « cosmos » par Dieu (c’est ce que je vais faire) et il y a dans cette publication me semble-t-il, et en peu de mots, l’interpellation prophétique qui devrait être celle de l’Eglise pour le monde. Le Seigneur utilise décidément qui il veut, et comme bon lui semble. Voici ce que dit cette femme :

« Je crois que [Dieu] a sa façon de rééquilibrer les choses, et ses lois, quand celles-ci viennent à être trop bouleversées. Le moment que nous vivons, plein d’anomalies et de paradoxes, fait réfléchir…

Dans une phase où le changement climatique, causé par les désastres environnementaux, a atteint des niveaux inquiétants. D’abord la Chine, puis tant d’autres pays, sont contraints au blocage ; l’économie s’écroule, mais la pollution diminue de manière considérable. L’air s’améliore ; on utilise un masque, mais on respire…

Dans un moment historique où, partout dans le monde, se réactivent certaines idéologies et politiques discriminatoires, rappelant avec force un passé mesquin, un virus arrive, qui nous fait expérimenter que, en un instant, nous pouvons nous aussi devenir les discriminés, les ségrégués, ceux qu’on bloque aux frontières, qui amènent les maladies. Même si nous n’y sommes pour rien. Même si nous sommes blancs, occidentaux, et que nous voyageons en première classe dans notre complexe de toute puissance.

Dans une société fondée sur la productivité et la consommation, dans laquelle nous courons tous 14 heures par jour après on ne sait pas bien quoi, sans samedi ni dimanche, sans pause dans le calendrier, tout à coup, le «stop» arrive. Tous à l’arrêt, à la maison, pendant des jours et des jours. À faire le compte d’un temps dont nous avons perdu la valeur, dès qu’il n’est plus mesurable en argent, en profit. Sait-on seulement encore quoi en faire ?

Dans une période où l’éducation de nos propres enfants, par la force des choses, est souvent déléguée à des figures et institutions diverses, le virus ferme les écoles et nous oblige à trouver des solutions alternatives, à réunir les mamans et les papas avec leurs propres enfants. Il nous oblige à refaire une « famille ».

Dans une dimension où les relations, la communication, la sociabilité, se jouent essentiellement dans ce non-espace du virtuel des réseaux sociaux, nous donnant l’illusion de la proximité, le virus nous enlève la proximité, celle qui est bien réelle : personne ne doit se toucher, pas de baisers, pas d’embrassades, de la distance, dans le froid du non-contact. Depuis quand avons-nous pris pour acquis ces gestes et leur signification ?

Dans un climat social où penser à soi est devenu la règle, le virus nous envoie un message clair : la seule manière de nous en sortir, c’est la réciprocité, le sens de l’appartenance, la communauté, se sentir faire partie de quelque chose de plus grand, dont il faut prendre soin, et qui peut prendre soin de nous. La responsabilité partagée, sentir que de nos actions dépendent, non pas seulement notre propre sort, mais le sort des autres, de tous ceux qui nous entourent. Et que nous dépendons d’eux.

Alors, si nous arrêtons la « chasse aux sorcières », de nous demander à qui la faute et pourquoi tout ça est arrivé, pour nous interroger plutôt sur ce que nous pouvons apprendre, je crois que nous avons tous beaucoup de matière à réflexion et à agir.

Parce qu’avec [Dieu] et ses lois, de manière évidente, nous avons une dette excessive. Il nous le rappelle au prix fort, avec un virus. »

Dieu nous a placé dans le jardin d’Eden pour que nous le cultivions ; nous l’avons exploité à notre propre profit, épuisant la terre en prenant davantage que ce qu’elle était capable de fournir. Dieu dit : « mange de tous les arbres, sauf de celui-ci », et nous continuons aujourd’hui encore de ne pas accepter la limite. Dieu a arrêté l’économie.

Dieu nous demande de prendre soin de l’étranger, et nous pouvions voir il y a quelques semaines encore comment des gardes-côtes en Grèce tentaient de percer les embarcations, pour qu’elles coulent, de ceux qui essayaient d’accoster. Nous voulions des frontières ? Dieu nous en a donné. Nous vivons aujourd’hui, chacun, dans un territoire de 120m2 pour les plus chanceux d’entre nous, avec l’interdiction d’en sortir parce que NOUS sommes les pestiférés.

Dieu nous demande d’observer le sabbat, c’est-à-dire un temps de repos hebdomadaire. Mais nous courons, pour produire toujours plus et sans nous arrêter. Dieu nous a arrêté : si au niveau individuel nos réalités sont très variables, à niveau sociétal le sabbat c’est dorénavant tous les jours et jusqu’à nouvel ordre.

Dieu nous montre que le noyau structurant de notre société, c’est la famille. Nous sommes néanmoins nombreux à la fuir, à ne pas prendre notre engagement dans le mariage avec le sérieux qu’il faudrait, à ne pas assumer nos responsabilités de parents. Pour quelques semaines, quelques mois peut-être, Dieu nous met face à nos responsabilités, nous oblige à rester avec nos enfants et nos conjoints et à revenir à eux, nous oblige à considérer que la visite à notre vieux parent toujours repoussée à plus tard, pourrait s’avérer être repoussée à trop tard.

Dieu nous enseigne que nous sommes des êtres relationnels avec le besoin d’un vis-à-vis, et même que nous sommes un corps dont les membres sont solidaires les uns des autres. Mais le rêve de chacun semble être de s’isoler de ses voisins : « moins tu me parles, mieux je me porte ». Et bien c’est gagné : en ces temps de confinement c’est plutôt « moins tu me portes, mieux je me parle », ce qui n’est pas bon signe pour notre santé mentale. Nous voici obligé de repenser la solidarité et les relations de proximité.

Que garderons-nous de tout cela une fois fini ? Est-ce que nous nous essuierons le front, soulagés et tout heureux de pouvoir revenir à nos vieilles et mauvaises habitudes, ou aurons-nous l’audace de la repentance et des chemins nouveaux ?


[1] Il y a heureusement, et évidemment, de bons contre exemples. Lire ici le très bon article de Timothée Minard, théologien et missionnaire de la Fédération des Eglises Evangéliques Baptistes de France :

[2] https://www.facebook.com/Matthieukoumarianos/posts/3069402113105944 (04/04/20)

[3] Publication originale de Francesca Morelli :

https://www.facebook.com/IlBlogDellaPsicologa/photos/a.1486312775031410/2490728451256499/?type=3&theater (04/04/20)

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