Etats d’âme après une prédication difficile

Dimanche après-midi. Il pleut. Ciel gris au dehors ; âme en demi-teinte. J’ai prêché ce matin. Peut-être un peu dur, je ne sais pas. En dehors de mes sentiers battus, sans doute. Parce que nous vivons un temps hors des sentiers battus, un temps où Dieu me semble parler fort.

Je suis plutôt du genre, en principe, à arrondir les angles. A choisir mes mots pour louvoyer aussi habilement que possible entre les susceptibilités, pour ne pas heurter inutilement. Ca ne me semble pas vain : je ne suis pas là pour maltraiter les gens, ni pour les diviser par des discours sans nuances. Néanmoins, tant de délicatesse et de bonnes intentions reflètent peut-être bien aussi un peu de lâcheté. Je rêve d’un monde où l’on pourrait à la fois s’aimer beaucoup et être dans de grandes divergences de vue. Parce qu’en fait, il y a des tas de gens que j’aime beaucoup – vraiment beaucoup – et avec qui je pressens de profondes divergences. Alors, la question se pose : qu’est-ce qui pèse le plus, notre amitié ou nos convictions ? Si je le dis avec une grande mansuétude envers moi-même, je dirais que j’aime trop les gens pour sacrifier leur amitié. Si je le dis avec moins d’indulgence, je dirais que mon ego ne supporte pas de perdre l’estime des autres. C’est sans doute un peu des deux. Quoi qu’il en soit, je tends plutôt à m’asseoir sur mes convictions pour préserver l’amitié des gens que j’aime, quitte à vivre une amitié un peu biaisée s’appuyant en partie sur un malentendu d’ailleurs souvent mutuellement consenti. C’est assez pathétique… mais je le dis très librement, parce que je sais qu’on est nombreux à faire la même chose. Décevoir les gens qu’on aime, c’est éprouvant et nous ne sommes pas souvent disposés à le vivre.

Ce matin en tout cas, il me semble avoir plutôt pris le risque de m’asseoir sur l’amitié. Je le savais avant de livrer ce que j’avais sur le cœur, mais je ne voyais pas comment faire autrement. Le ton était-il trop radical ? Peut-être, mais comment susurrer lorsque Dieu fait entendre sa voix sur tous les continents ? Le fond était-il trop politique ? Peut-être, mais comment rester dans un discours policé lorsque les enjeux sont planétaires et de l’ordre de la survie de l’espèce humaine ? La prédication était-elle trop peu textuelle ? Ça, c’est sûr. Elle ne prétendait pas l’être. Elle ne répondait pas aux critères académiques d’une bonne prédication. Elle était, de mon point de vue et avec tout ce que j’espère de modestie, un cri prophétique. Avec tous les risques que cela comporte d’être à côté de la plaque.

J’ai posé le fardeau que j’avais sur le cœur ; au moins l’ai-je fait de façon honnête. J’ai tremblé en me demandant comment il serait entendu, compris. Il n’est pas non plus impossible que la montagne accouche d’une souris. Si toutefois il venait à heurter, je continue en tout cas d’espérer qu’on puisse à la fois s’aimer beaucoup et être dans de grandes divergences de vue.

Je pense vraiment que nous sommes à une croisée de chemin où l’opportunité nous est donnée d’une repentance collective pour, enfin, prendre la voie de la raison. Je pense vraiment que l’Eglise a une voie prophétique à faire entendre du milieu de cette crise sanitaire, et plus encore lorsque nous en serons sortis. Peut-être est-ce un cri poussé dans le désert. Si c’est le cas, je connais au moins un précédent notable qui n’a pas été vain.

Avec toute ma fraternelle amitié, que le Seigneur vous bénisse.

Prédication : « Appel à la conversion : faire tomber l’idole de la finance »

Une coupure à 4 minutes de la fin m’oblige à vous la livrer en deux vidéos. Une phrase rappelant le rôle, dans l’Ancien Testament, des prophètes auprès des rois qu’ils appelaient à la repentance, a été perdue entre les deux.

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