De lumière et d’ombres

Je vais être sincère, il y a des aspects du confinement qui me ravissent franchement. Par exemple, le silence du soir lorsque, dans un nécessaire repli après une journée passée au contact des enfants, de leurs cris, de leur joie exubérante et de leurs colères qui ne le sont pas moins, je sors pour une petite promenade dans le quartier. Avant-hier soir, il pleuvait. J’étais seul, avec pour bruit de fond la pluie sur la carrosserie des véhicules immobiles. J’ai longé la voie de chemin de fer, découvert de petits jardins ouvriers que je ne connaissais pas, me suis ému de la terre ici retournée, de la chaise vide sous l’arbre qui laissait deviner le repos béat de son propriétaire lorsqu’il vient regarder pousser ses tomates. Le bruit de la ville ne me manque pas. Je trouve l’absence de voitures absolument ravissante. Prolonger ce plaisir là, une fois le confinement terminé, ne me serait vraiment pas en peine. En fait, je pense même que nous devrions y réfléchir sérieusement.

En contraste, pour mon épouse et moi-même, les journées sont folles, sans répit. Il faut vivre la vie de famille, l’école à la maison et une vie d’Eglise à réinventer de bout en bout, tout ça en même temps dans un melting-pot épuisant. Ici, je suis en pastorale par visioconférence depuis ma cuisine, la machine à laver en bruit de fond, tout en supervisant la « continuité pédagogique » de mon grand de 6ème (avec des guillemets à « continuité pédagogique », bien sûr, tant je me méfie de ces belles expressions politiciennes qui disent souvent l’inverse de la réalité). Là, je lutte contre les éléments dans mes tentatives de permettre à l’Eglise de se rassembler sur internet pour rendre un culte à Dieu. Je me couche (trop) tard, je me lève (trop) tôt. Certains parlent de ce confinement comme d’un moment où nous aurions plus de temps, le décrivent presque comme une retraite spirituelle… franchement ? Comme je les envie ! Mais je ne voudrais pas avoir l’air de me plaindre, surtout pas. Nous nous savons privilégiés. D’abord, parce que nous avons la paix du Christ avec nous et que nous voyons comment il prend soin de nous jusque dans les détails. Ensuite, parce que nous nous aimons fort et ça, c’est quand même super chouette. Et puis, parce que nous ne manquons de rien.

Nuit paisible, journée folles : cette crise sanitaire nous fait vivre des expériences très contrastée dans le quotidien, mais aussi à niveau sociétal. Un même vécu apporte lumière et ombres. L’école à la maison, par exemple, est d’un côté une magnifique réappropriation de l’enseignement des enfants que nous avions peut-être un peu trop commodément et aveuglément délégué à l’état. Mais d’un autre côté, ne faudra-t-il pas être vigilant à ce que cette « continuité pédagogique » ne s’avère pas aussi, à la sortie du confinement, avoir été un formidable terrain d’essai à la privatisation de l’éducation nationale ? Quelle aubaine que ces cours en ligne ! Il se trouvera, c’est sûr, quelque bon capitaliste pour trouver dommage de laisser à la gratuité et au bien commun ce qui pourrait si bien faire les affaires de sociétés privées. Et comme nous trouverons quelques aspects positifs à l’expérience, le voilà pétri d’arguments.

Un autre terrain de vigilance est, à n’en pas douter, celui des libertés individuelles. Voilà qu’on commence à nous annoncer l’idée d’un flicage de nos déplacements comme moyen de lutte contre les épidémies. Bien sûr, ce sera « sur la base du volontariat », comme tant d’autres choses qui ont fini par s’imposer plus ou moins subtilement. Qui se souvient par exemple que le chômage est à l’origine une assurance, et donc un droit qui ne nécessite aucune contrepartie ? Et si, par le plus grand des hasards, dans une période de confinement, il était offert à ceux qui « choisissent » de se laisser fliquer la possibilité de déplacements libres… que choisirions-nous ?

Bref ; nous vivons une période de lumière et d’ombres. D’opportunités et de dangers. Soyons les messagers de la lumière, la vraie, celle qui amène avec elle les opportunités de plus de liberté pour l’humanité. Maranatha !

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