Quand c’est beau… mais faux

Alignés comme ils sont le long du chemin, ils m’apparaissent comme des corps dans un charnier (oui, c’est un peu violent comme image, mais c’est ce à quoi ça m’a fait penser). Les arbres au tronc épais qui s’élançaient vers le ciel il y a quelques jours encore gisent là, sur le sol, laissant derrière eux de gigantesques trous dans ce qui était une forêt touffue, généreuse. J’ai l’impression de débarquer au milieu d’un carnage, d’arriver sur un champ de bataille où il n’y a plus rien d’autre à faire qu’à compter les morts et à se désoler sur le sort des victimes.

C’est triste et violent. Vraiment. Dans ce paysage de désolation, un arbre en particulier attire mon attention. Celui-là n’a pas encore été aligné avec les autres. Il gît, gigantesque, à côté de sa souche. Je m’approche.

Et là, je vois. Dans cette souche épaisse, il y a un trou de 5 ou 6 centimètres. Dans ce trou, je distingue clairement que l’intérieur est complètement creux. Littéralement vidé de sa substance par je ne sais quelle maladie, invisible de l’extérieur. Le promeneur lambda que je suis n’y voyait que du feu, et pourtant ce bel arbre au tronc élancé était pourri en dedans. Heureusement, l’élagueur à l’œil, lui. Il ne s’est pas laissé abuser par l’aspect extérieur, mais il a vu l’arbre au cœur…

Le Seigneur dit à Samuel : Ne prête pas attention à son apparence et à sa haute taille, car je l’ai rejeté. Il ne s’agit pas de ce que l’homme voit ; l’homme voit ce qui frappe les yeux, mais le Seigneur voit au cœur.

1 Samuel 16.7

Le Seigneur voit, et il élague. Il y a des vies qui semblent tourner rond, qui paraissent harmonieuses comme cette forêt, mais dont des pans entiers sont malades de l’intérieur. Si l’on peut donner le change vis-à-vis du passant (qu’il s’appelle « collègue », « voisin », « ami » ou « frère »), l’Eternel lui regarde au cœur. Il voit le mensonge, la corruption, la pourriture. Alors, il se peut qu’il vienne élaguer tout ça. Et de nos yeux d’hommes, nous disons : « Quel champ de bataille ! Quelle misère ! »

Le Seigneur émonde celui qu’il aime. Ça fait mal sur le moment. C’est douloureux. On se demande même si c’était bien nécessaire, si l’esclavage en Egypte n’était finalement pas préférable à cette vie misérable au désert. Mais la priorité de Dieu n’est pas le beau, mais le vrai. C’est sur ce « vrai » que se construit la beauté, la véritable, celle du cœur, celle que Dieu voit même quand les hommes, eux, l’ignorent.

Puissions-nous porter ce regard sur nos champs de bataille, pour douloureux qu’ils soient.

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