Le temps d’un courrier

Le stylo court sur le papier. Lentement, la sensation revient. Mon écriture est moins belle qu’il y a quelques années. La faute au manque d’habitude ? A l’âge, qui rendrait déjà ma main plus hésitante ? Qu’importe. La bille du stylo creuse son sillon, laisse sa marque. Je redécouvre l’intimité du tête à tête avec le papier. Un mail, on l’envoie par la fenêtre d’un écran aux mille distractions. Un courrier, on l’écrit, on le met sous enveloppe, on le timbre, on le poste. Plus lent, c’est pourtant lui qui nous rapproche le plus sûrement de notre destinataire. Penché sur notre feuille, l’acte lui-même est intime. Et puis c’est un peu de soi-même que l’on couche sur le papier : il y a la graphie, la manière d’écrire. Il y a la rature, le retour en arrière. Il y a, pourquoi pas, le petit dessin dans un coin ou une marge. Il y a le changement de stylo lorsque le premier n’a plus rien à offrir. Bref, il y a la vie non aseptisée, imparfaite, singulièrement humaine.

Le courrier, c’est un cadeau. Qui ne se réjouit pas d’en recevoir un ? Au milieu des factures et de la publicité, voici que se glisse un ami dans notre boîte aux lettres. Celui-là n’a rien à nous vendre, parfois même pas grand-chose à nous dire ; il est simplement là, présent, il pense à nous. Il n’est pas intrusif : le délai postal dit à lui seul qu’il n’y a pas d’exigence de réponse immédiate. Un courrier, ça n’est pas pressé. Là où le mail court, la lettre flâne. Elle prend le temps de vivre et laisse la liberté à son destinataire d’en faire autant.

Dans notre monde ultra-connecté qui mise sur l’efficacité et le rendement, le courrier est anachronique. Il appartient au XXème siècle, à l’ère « pré-internet et téléphone portable ». Lui qui était si commun il y a encore une génération, le voici aujourd’hui incongru. Eh bien, il n’en fait que davantage de bien ! Il rend à lui seul ce que l’ultra-connexion nous a volé de plus précieux : le temps, et la présence. Le courrier dit : « J’ai le temps d’être avec toi ».

Dieu aussi a le temps d’être avec nous. Et nous, avons-nous le temps d’être avec lui ? Sommes-nous plutôt mail ou plutôt courrier dans notre relation avec le Seigneur ? Une chose est sûre : il ne demande pas tant l’efficacité ou le rendement que la qualité de notre présence. C’est tellement vrai que ce qu’il nous a donné pour cela, c’est un jour… de repos ! Oui, le monde peut tourner sans nous durant 24h. Oui, les mails peuvent attendre demain et prendre finalement le rythme du courrier postal. Ce repos Dieu nous propose de le passer avec lui, vraiment avec lui. Quelle que soit la manière que nous avons de le vivre, l’essentiel est là : Dieu veut que nous l’investissions de notre présence, parce que c’est là qu’il nous attend.

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