C’est par où, la vie ?

Je ne sais pas, c’est peut-être les beaux-jours qui me poussent dehors, en tout cas j’ai de plus en plus de mal à rester enfermé. C’est comme ça que l’autre soir, je me suis retrouvé à me promener dans les rues de mon quartier à la nuit tombée. C’est là que je l’ai rencontré. Le type.

Il était avec son vélo, il paraissait perdu. Il parlait suuuuper vite. Il aurait été sous cocaïne qu’il n’aurait pas été plus speed. D’ailleurs, il était peut-être bien sous cocaïne, j’en sais rien. Il fumait une cigarette et cherchait sa destination en jetant des regards inquiets partout. Alors que je passe à sa hauteur, il me colle vieux bout de papier à moitié déchiré sous le nez et me dit : « Je cherche une adresse. T’as pas un portable ? Tu la mets dans ton portable et hop, il te dit où c’est. C’est comme ça qu’y z’ont fait les aut’ gens à qui j’ai d’mandé. Y m’ont envoyé là mais ch’trouve pas. »

Son papier, il ne ressemble à rien. Non seulement il est tout chiffonné, mais en plus il donne une adresse qui n’a pas de sens : « 97 marcha ». Et c’est tout. Bon. Je fais comme les autres, je vais sur google map, et j’essaie de taper : « 97 rue marcha ». Effectivement, dans la liste proposée qui sort avec ce bout d’adresse, il y a une rue qui se trouve près de chez moi. D’ailleurs on y est. Et le 97 est là, à deux pas. Il me dit : « Ouais, non mais je sais, mais c’est pas là tu vois, c’est pas un foyer ça, là y’a pas de foyer tu vois ? C’est pas un foyer, hein ? Bah non ça se voit c’est pas un foyer. Y’a pas un foyer dans le coin ? Il est où le foyer ? »

Je confirme, il n’y a pas de foyer dans le coin. Alors il me demande s’il peut passer un coup de fil avec mon téléphone, pour que sa copine (c’est elle qu’il va voir) lui donne l’adresse exacte. Pas de bol, il tombe sur le répondeur. Il laisse un message : « Ouais c’est moi, tu m’envoies ton adresse s’teuplait ? Chu pas loin là mais je trouve pas tu vois ? Y m’faut l’adresse complète, tu m’l’envois ok, comme ça je saurais où c’est parce que là y’a pas de foyer tu vois ? Bon, ben tu m’envoies ton adresse on fait comme ça ».

Il raccroche, me rend le téléphone, me regarde, et me dit : « Ah putain mais chui con, c’est pas mon téléphone, ça va pas aller là, elle va m’envoyer l’adresse sur ton téléphone, ah ouais, mince, bon ben c’est pas grave. »

L’histoire se finit en eau de boudin. Un autre gars s’est arrêté pour essayer d’aider. Avec quelques indications on a compris qu’il n’était pas dans le bon quartier ; on lui a indiqué un moyen de s’approcher de la zone probable où pouvait être le foyer recherché, mais franchement c’était pas gagné (je n’ai d’ailleurs jamais eu de nouvelles de sa copine…).

Bref. A la réflexion, c’est vraiment pas facile de se balader dans la vie avec une adresse mal fichue. Parfois elle a été mal rédigée, parfois elle est carrément fausse. Alors on tourne en rond, on rame, on galère. On demande notre route à des gens qui passent comme ça, au hasard d’une promenade de la vie, croisés à un bout de chemin, et ils nous envoient balader, un peu gênés, pas beaucoup plus éclairés que nous mêmes.

Un des trucs que j’aime bien avec Jésus c’est qu’avec lui la route est claire : « Je suis le chemin ». Ce chemin-là, il ne nous en délivre pas la carte. Il nous en révèle un bout chaque jour, comme la manne qui tombait quotidiennement dans le désert pour nourrir le peuple d’Israël. La destination, nous la connaissons : c’est Canaan, la terre promise, ruisselante de lait et de miel. Le chemin nous savons qui il est… pas toujours de quoi il sera fait. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il est sûr. Même lorsqu’il semble mouvant, il est sûr. Même lorsqu’il est vertigineux, ou parsemé d’épines, il est sûr. Jésus est tout à la fois le chemin, et le guide sur le chemin. Il nous précède la nuit comme le jour. Oui, la nuit aussi. Ce bras dont il nous est dit qu’il n’est pas trop court pour sauver, il est toujours à portée de notre main. Nous pouvons toujours nous y accrocher. Non pas comme des désespérés, mais au contraire comme des « pleins d’espérance » : c’est lui, notre salut !

Et bien ça, les amis, ça change une vie. Là où la lumière se trouve, les ténèbres n’ont d’autre choix que de rétrocéder.

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