Derniers fragments d’un long voyage

Des lecteurs me reprochaient de ne pas parler de Dieu dans mon dernier livre.
Ils n’avaient pas tort.
J’y étais tombée entière.

Je m’approche de vous avec l’émotion d’une lecture intime et profonde. Christiane Singer. Quelle dame, quelle âme !

Derniers fragments d’un long voyage est le titre qu’elle a choisi pour son dernier livre, celui qui raconte le voyage de la maladie qu’elle a traversé jusqu’à la mort.

Ce qui est étonnant, déroutant, et finalement aussi attirant pour le lecteur que la lumière pour le papillon de nuit, c’est cette acceptation toute entière et surtout cette volonté de remplir de vie, de présence vivante, tous les instants, les bons et les plus difficiles, les plus cruels. Christiane Singer accepte tout, prend tout, ne rejette rien de ce que les jours lui offrent. Je suis profondément touché lorsque je rencontre ces êtres capables de ne pas se laisser voler une seule miette de vie.

Il n’y a pas d’existence qu’il s’agirait de dépasser, un quotidien qu’il faudrait à tout prix surmonter. Tout au contraire, c’est de tout son corps qu’il faut y entrer, de tout son éros. Toute démarche spirituelle est avant tout un bain de matière. Matière et prière sont Un.

J’ai lu ce livre avec une douleur au ventre. Ce n’est pas une image : je souffre depuis plusieurs jours d’une douleur dans le bas-ventre. La turbine s’est alors mise en route. Je ne sais que trop bien que la vie, celle que l’on pense détenir, peut disparaître d’un jour à l’autre. D’un jour à l’autre, nous pouvons nous retrouver plongé dans un abîme de perplexité où rien de ce qu’on connaissait jusqu’alors ne perdure. Ce jour viendra d’ailleurs, tôt ou tard. Dans la théorie, je me noie en Dieu à cette perspective. Dans la pratique, c’est l’inquiétude qui pointe le bout de son nez. Je ne sens pas prêt à me défaire de moi-même. Ma vie m’appartient encore bien trop pour être totalement du Christ.

Dans nos milieux évangéliques, il est de bon ton de prier pour la guérison. Guérison physique, j’entends. Mais lorsqu’on croise une âme déjà tellement guérie, une âme dont le corps qui lui est attaché appartient déjà si intimement à Dieu, la guérison physique semble presque dérisoire, ou pour le moins très secondaire. Un peu comme une cerise sur un gâteau déjà très bon, si elle n’arrive pas il ne semble pourtant rien manquer.

Elle est indescriptible la qualité d’âme dans laquelle je baigne !
J’ai été couronnée cette nuit. La couronne d’épines.
Si j’avais soupçonné que le plus déchirant des supplices était encore devant moi, la panique m’aurait prise. Mais j’ai survécu à la pire nuit jusqu’alors. Et savoir si j’ai connu des nuits déchirantes ! Je ne veux pas m’attarder à cet épisode puisqu’il est traversé, mais pourtant un tel trésor s’y trouve caché que je ne veux pas non plus le laisser trop vite derrière moi. Je tente d’en illuminer un peu le mystère.

[…] Il est bon et juste d’accompagner jusqu’au bout tout ce qu’on ressent, d’aller au plus aigu de la pointe. […] En prenant dans notre responsabilité ce que nous vivons, ce que nous faisons, ce que nous disons, nous avançons sur un chemin de paix. J’étais loin de penser en ces termes au fil des heures de cette nuit, et c’est pourtant cette force-là qui m’a portée et la conscience ancrée, jour après jour, au moins depuis ces vingt dernières années, du caractère éphémère de toute chose : il n’est rien au monde qui n’ait une fin ! Et pourtant j’ai été effleurée puis empoignée par la volonté d’enjamber la fenêtre qui est exactement la force contraire : celle qui croit à la pérennité du mal. Et pendant que j’écris en ce matin de résurrection du dimanche 18 février, l’accalmie est totale. A dix heures, la tempête est tombée. Il ne reste que le scandaleux mystère d’une richesse indicible. Le secret des secrets. La transmutation par excellence du Pire en Lumière.

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