Bien dans mes baskets

Il y a quasiment deux semaines, j’ai fait deux choses que je n’aurais jamais imaginé faire un jour : mettre 109 euros dans des pompes, et les acheter sans les essayer. Mais comme je crois que les raisons qui m’ont poussées à cela sont bonnes, je vais essayer de vous les expliquer.

Quinze ans en arrière, j’étais de ceux qui s’habillaient aux puces parce que j’étais plutôt habitué à vivre avec peu et qu’une habitude ne se perd pas avec le premier salaire. Mais pas seulement : il y avait aussi quelque chose de l’ordre de la conviction : pour moi le vêtement n’avait guère d’autre intérêt qu’utilitaire (ne pas se promener cul-nu, en gros), et dépenser de l’argent pour quelque chose d’aussi trivial m’apparaissait absurde.

Depuis j’ai découvert d’autres fonctions au vêtement, en rapport avec l’estime de soi entre autres. Je me suis donc mis à acheter des habits dans les magasins, découvrant ainsi par exemple le plaisir de porter des vêtements vraiment à ma taille. Il a fallu que je découvre mes goûts, que je les façonne même, et que j’apprenne plus ou moins à combiner les vêtements.

Je crois être resté simple dans ce cheminement là. Je ne suis pas à l’affût de la dernière fringue à la mode et je continue d’user de l’aiguille et du fil plutôt que de jeter au moindre trou. J’apprécie simplement d’être convenablement habillé, sans plus.

De mes jeunes années, j’ai d’ailleurs toujours gardé un regard soupçonneux sur les habits coûteux. Je ne sais que trop bien qu’on paye souvent plus pour une marque, un logo, que pour une qualité de produit, et j’ai donc eu tendance à me tourner vers des marques simples et des prix que je jugeais raisonnables.

Un virage s’est toutefois amorcé dans ma tête en 2013, où j’ai commencé à également poser un regard soupçonneux sur les habits trop bon marché. Le 24 avril de cette année là, un immeuble s’effondre au Bangladesh. Plus de 1000 personnes y meurent. C’était leur lieu de travail : l’immeuble abritait des ateliers de confection d’habits. Des habits pour l’occident. Des marques simples et aux prix raisonnables, incluant des marques de supermarchés comme Carrefour ou Auchan. Ne pas payer pour la marque, ça ne veut pas dire qu’on paye pour le travailleur…

Arrivés là au matin, les employés avaient refusé d’entrer parce qu’ils avaient repéré, la veille, des fissures sur les murs de l’établissement de huit étages. Menacés de licenciement, ils ont été contraints de rejoindre leur poste de travail. La suite, on la connait et elle est tragique.

Cet événement n’a eu qu’un intérêt : la mise en lumière des conditions de travail misérables de ces pauvres gens. Il est devenu très clair ce jour là que si on paye un t-shirt deux ou trois euros, on le fait sur le dos du travailleur. C’est lui qui paye le reste de son salaire minable et de son boulot précaire, voire dangereux.

Alors, 109 euros pour des chaussures ce n’est pas forcément si cher payé finalement, si ce sont les bonnes.

J’ai cherché. Je voulais des chaussures éthiques. En tout cas aussi éthiques que possible. Je voulais des travailleurs qui vivent de leur emploi, je voulais des matières premières qui n’aient pas traversé la moitié de la planète. J’ai cherché, et j’ai trouvé la marque 1083. Ce billet n’est pas sponsorisé les amis. J’en parle parce que je pense que c’est bien, c’est tout, et sans perdre de vue qu’il y a aussi un entrepreneur derrière qui n’a peut-être pas que l’éthique comme ambition. Mais après tout, même si c’est son fond de commerce, on a connu des ambitions moins honorables…

Donc c’est quoi, 1083 ? C’est une marque qui propose des jeans et des chaussures fabriqués à moins de 1083 km de chez toi. Forcément, puisque 1083 km c’est la distance qui sépare les deux villes de France les plus éloignées l’une de l’autre : Menton et Porspoder. Or, la marque est établie à Romans, près de Valence.

Séduit par le concept, j’ai cherché un revendeur sur Tours. J’ai trouvé, mais… il ne vendait que les jeans de la marque, pas les chaussures. Il ne me restait que l’option Internet. Sans essayer les chaussures, donc.

Lorsqu’elles sont arrivés quelques jours après la commande, je ne me suis évidemment pas fait prier pour me les mettre aux pieds. Bon, et bien elles sont adoptées. Non seulement elles m’ont été d’emblée confortables, mais en plus elles sont visiblement de qualité. A l’œil nu, je veux dire. Elles ont une belle finition, on sent qu’on a dans les mains un bon produit.

Mais surtout, surtout… je suis bien dans mes baskets. Du point de vue de l’éthique et de la justice sociale, j’entends. Un thème qui n’a jamais laissé indifférent, me semble-t-il, les voix prophétiques de toutes les époques.

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