[Livre] Les cultes des protestants (Olivier Bauer)

[Article publié initialement sur le site de la librairie protestante]

Genève (Suisse), Labor et Fides, 2017. 131 pages.

Le parcours d’Olivier Bauer (1964, Suisse) éclaire en bonne manière le contenu de son ouvrage. Professeur durant dix ans à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, il enseigna également à l’Université de Genève, l’École polytechnique fédérale de Lausanne, l’Université François-Rabelais de Tours et au Centre Supérieur d’Études de la Renaissance et l’Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation. Depuis 2015, il est professeur de théologie pratique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne.

Une solide expérience d’enseignant, donc, à laquelle il ajoute celle d’auteur avec la publication de huit monographies, de trois ouvrages qu’il a codirigés et d’articles dans diverses revues.

Mais dans l’ouvrage qui nous concerne, Olivier Bauer écrit surtout, me semble-t-il, depuis son expérience multiculturelle et – une lettre en moins – multicultuelle : ses activités d’enseignant et d’auteur, mais encore de pasteur, l’ont en effet mené du vieux continent aux Etats-Unis en passant par l’Océanie.

On ne s’étonnera donc pas de le voir écrire sur « les cultes des protestants », avec des pluriels à tous les mots : nous avons avec lui un témoin privilégié de la diversité des visages du protestantisme réformé et de ses manières de vivre le culte, manières qui se déclinent dans les rites mis en place dans les Eglises et qu’il analyse avec finesse. C’est en effet depuis ces hauteurs là qu’il nous invite à réfléchir à nos propres pratiques à travers une sélection de neuf articles qu’il a écrit sur une période de quinze ans. Ces articles ont été organisés de façon à nous placer dans le déroulé d’un culte ; ils nous parlent, dans l’ordre : de la communauté, du culte, de la liturgie, de la prédication, de la cène, de l’œcuménisme, de l’envoi et de l’après-culte.

A l’origine indépendants les uns des autres et dirigés vers des publics divers, ils souffrent parfois d’une certaine redondance. L’auteur en a conscience, lui qui prévient dès l’introduction que « la répétition a une vertu pédagogique ». C’est un argument que nous lui accordons sans peine, d’autant que la lecture n’en est pas alourdie et qu’elle a l’avantage d’offrir des chapitres qui se suffisent à eux-mêmes : si c’est la prédication qui vous intéresse, vous ne perdrez rien en ne lisant que la partie qui s’y réfère.

Le fait est qu’Olivier Bauer développe au fil des pages une intéressante réflexion autour des rites que nous mettons immanquablement en place dans nos Eglises, les rites cultuels étant définis comme les moyens qu’une communauté se donne pour communiquer Dieu.

Puisque c’est la communauté qui se donne ces moyens, l’auteur argumente dès les premières pages en faveur d’une réappropriation du culte par l’assemblée selon le principe du sacerdoce universel, là où les pasteurs font parfois office « d’homme orchestre ». Mais le cœur de l’ouvrage n’est pas là. Il tourne plutôt autour d’un constat et d’un appel. Le constat, c’est que bien que les rites s’adressent de fait à nos cinq sens (l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat et le goût), nous privilégions l’ouïe au détriment des autres du fait de la mise en avant toute protestante de la Parole. L’appel consiste en conséquence à repenser nos manières de « dire Dieu » en investissant volontairement, consciemment, les sens que nous avons délaissés. A cette fin, Olivier Bauer décortique chapitre après chapitre les différentes parties du culte et nous aide à réfléchir sur le sens des gestes, des postures, des déplacements, de l’architecture, des odeurs, du goût même (à travers la Cène par exemple), que nous utilisons dans nos cultes. Les questions qui nous sont posées en filigrane sont les suivantes :

  • que disons-nous de Dieu dans nos cultes à nos oreilles, nos yeux, notre peau, notre nez et nos papilles gustatives ?
  • Les messages communiqués à chacun des cinq sens sont-il cohérents ou se contredisent-ils entre eux ?

Ainsi, malgré leur diversité ces articles présentent une belle unité, en tout cas pour ce qui concerne les trois premiers quarts du livre. Cette unité se trouve en effet quelque peu malmenée à mon sens dans les trois derniers chapitres avec des apports un peu détonants tant dans la forme (une lettre ouverte au Cardinal Ratzinger) que dans le fond (un questionnement surprenant sur le devenir des fardeaux que Jésus prend sur lui lors du culte).

Mais ils n’altèrent en rien l’originalité de l’ouvrage dont le mérite principal est de nous pousser à la réflexion sur nos pratiques cultuelles et, finalement, sur notre manière d’adorer Dieu. Les réformés et les évangéliques soucieux de vivre un culte bien pensé trouveront ici un support à la réflexion facile d’accès, stimulant et digne d’intérêt.

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