Les fondements du Front National

Donald Trump ne devait pas gagner, le Brexit ne devait pas arriver, François Fillon ne devait pas gagner la primaire de la droite et du centre et Emmanuel Macron ne devait pas arriver au second tour de l’élection présidentielle. Alors bon, une simple piqûre de rappel – juste au cas où – pour celles et ceux à qui la mémoire ferait défaut : le Front National a beau avoir été toiletté, il n’en est pas moins le parti néofasciste fondé par Jean-Marie Le Pen. Voilà, c’est dit. Maintenant, précisons un peu.

Pour commencer, saviez-vous que la petite flamme tricolore, qui a longtemps servi d’emblème au Front National avant d’être remplacée par la rose bleue, n’a pas toujours été bleu-blanc-rouge ? A l’origine vert-blanc-rouge, elle a d’abord été l’emblème des néofascistes italiens. Nous devons son importation en France à Victor Barthélémy, co-fondateur du Front National et précédemment numéro deux d’un parti qui participa activement à la rafle du Vel’d’hiv.[1] Il dira de lui-même qu’il était « l’homme de confiance de l’état-major SS ».[2] Ca pose bien les bases, non ?

Victor Barthélémy n’était pas la brebis galeuse d’un parti « tête haute, mains propres ». Parmi les amis de Jean-Marie Le Pen nous retrouvons aussi Léon Gaultier, qui ne se contenta pas de collaborer avec le gouvernement de Vichy mais qui a également combattu sous l’uniforme allemand de la Waffen-SS. C’est avec ce charmant personnage que Jean-Marie Le Pen va co-fonder une maison d’éditions spécialisée dans l’édition de disques historiques (discours politiques, chants militaires, etc.). Léon Gaultier sera lui aussi l’un des membres fondateurs du Front national.[3]

Il s’agit là des deux noms les plus illustres, mais d’autres tristes sires peuvent aussi être mentionnés : André Dufraisse, secrétaire national du FN de 1972 à 1994, surnommé « Tonton Panzer » par les militants du fait de son engagement sous uniforme allemand sur le front de l’Est durant la deuxième guerre mondiale[4] ; Paul Malagutti, trésorier national adjoint du FN et élu du Loiret au conseil régional du Centre de 1986 jusqu’à sa mort en 1996, qui assista au massacre perpétué par la Gestapo dans la cave d’un hôtel Cannois et qui fut condamné à mort par contumace pour cela[5] ; Roland Gaucher, également co-fondateur du FN et ancien collaborationniste[6] ; Henri Coston, dont le FN vantait les ouvrages il y a quelques années encore, et qui fut le Président du « Comité National anti-juif » (une officine de délation) en 1941.[7] Avec un tel panel, comment s’étonner que Jean-Marie Le Pen dise en regardant son interlocuteur dans le blanc des yeux que les chambres à gaz sont un détail de l’histoire de l’humanité ? Allez, j’arrête là mais le fait est qu’ils sont nombreux, les fascistes à avoir eu leur place au sein du parti de Marine Le Pen.

Et c’est donc pour ce parti que certains pensent voter, parce qu’ils avalent tout cru l’idée selon laquelle tout ça, c’est du passé. Avec Marine c’est autre chose, n’est-ce pas ? La preuve, elle a même perdu son patronyme en route. Quand bien même, il faut une sacrée amnésie pour oublier le ferment nauséabond sur lequel le FN s’est construit.

Mais c’est vrai : autour de Marine Le Pen, il n’y a pas d’anciens SS. Il faut dire qu’ils sont trop jeunes pour cela. Ils n’en sont pas moins nostalgiques, à l’instar de Frédéric Chatillon, salarié du FN à l’heure actuelle et que Marine Le Pen présente comme « l’un de ses amis ».[8] Ami des révisionnistes et des collabos, passionné par l’histoire du nazisme[9], il fut le principal animateur du Groupe Union Défense (GUD) dans les années 90. Comme une image est parfois plus éloquente que mille mots, je vous renvoie à cette simple recherche Google pour avoir une idée de ce qu’est le GUD. Ceux là n’ont vraiment rien à envier aux nazillons qui, faut-il le rappeler, ont jeté Brahim Bouarram dans la Seine en marge d’une manifestation du Front National le 1er mai 1995.[10]

Plus médiatique encore – ça passe hélas comme une lettre à la poste tant on s’est habitué à la présence du Front National – le FN a eu l’excellente idée de nommer Jean-François Jalkh à la Présidence du parti en remplacement de Marine Le Pen, présidence qu’il a du refuser à cause des propos négationnistes qu’il a tenus il y a quelques années et qui n’ont pas manqués de remonter à la surface.[11] Rien de neuf sous le soleil, donc. La fille cache juste sous le tapis ce que le père assumait au grand jour.

Au niveau des idées, maintenant. Il parait que le FN aime la France. En théorie alors, parce qu’en pratique il sait s’asseoir sur ses convictions : figurez-vous qu’au parlement européen il s’est associé au Vlaamsblock, parti d’extrême droite Belge qui lutte contre le rayonnement de la langue française, incite les Flamands à refuser le français comme seconde langue et – tenez-vous bien – souhaite créer un Etat indépendant incluant la Flandre française.[12] Autrement dit, le Vlaamsblock se verrait bien réduire l’espace national de la France. A partir de là, ce que dit Guy Konopnicki dans son « manuel de survie au Front » parait quasiment anecdotique :

« Nous devons au nationalisme Flamand la disparition des inscriptions en français dans les gares et sur les autoroutes. Les noms de la France et de la ville de Lille ont été retirés, à quelques kilomètres de la frontière, sur un axe fréquenté tant par les travailleurs frontaliers que par des touristes […] Est-il normal qu’un parti français soit associé à un mouvement qui attise la haine contre les Wallons qui ont le tort de parler notre langue et de partager notre culture ? »[13]

Au niveau des idées toujours, il parait que le FN n’aime pas les islamistes. En théorie là encore, parce qu’en pratique il sait s’en accommoder quand il faut. Il faut se souvenir que Jean-Marie Le Pen n’a pas hésité à apporter son soutien au Front Islamique du Salut[14] qui militait pour l’instauration d’un Etat islamique en Algérie. Le FIS voulait que les algériens reviennent et lui voulait qu’ils s’en aillent. Comme quoi avec un peu de bonne volonté on peut toujours s’entendre.

Finalement, l’enrichissement de la famille Le Pen n’est pas non plus dénué d’intérêt. La loi ne permettant pas de léguer ses biens à un parti politique, Jean-Marie Le Pen a trouvé en son temps un excellent moyen de soulager les « patriotes » qui souhaitaient faire un lègue en faveur du Front National : il suffisait de le faire à Jean-Marie Le Pen ! (ben tiens). C’est ce que fit Hubert Lambert, dernier descendant d’une lignée de grands industriels. Dépressif, malade et fragile psychologiquement, le malheureux va léguer toute sa fortune à Jean-Marie Le Pen huit mois avant de mourir à l’âge de 42 ans d’une cirrhose. La validité du testament sera contestée par son cousin, mais Jean-Marie Le Pen réglera le problème en cédant une partie de l’héritage à la famille. « Depuis qu’il est milliardaire, note Guy Konopnicki, Jean-Marie Le Pen se garde toutefois d’engloutir la fortune Lambert dans son activité politique. Il la conserve et la fait fructifier pour son usage personnel. »[15]

Tête haute, mains propres…

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Notes :
[1] https://www.slate.fr/story/143267/victor-barthelemy-rafle-vel-hiv-le-pen (03/05/17)
[2] Konopnicki, Guy. Manuel de survie au Front. Editions Mille et une nuit (1998), p.35
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Gaultier (03/05/17)
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Dufraisse_(homme_politique) (03/05/17)
[5] http://www.magcentre.fr/57730-15-aout-1944-a-cannes-p-malaguti-lex-patron-du-fn-loiret-assiste-la-gestapo-lors-dun-massacre/ (03/05/17)
[6] http://www.liberation.fr/france/2007/08/02/le-fn-perd-son-cofondateur-roland-gaucher_99265 (03/05/17)
[7] Konopnicki, Guy. Manuel de survie au Front. Editions Mille et une nuit (1998), p.39
[8] https://www.youtube.com/watch?v=iN5KBezI_O0 (03/05/17). A 3’08.
[9] http://www.lepoint.fr/presidentielle/chatillon-loustau-peninque-les-gudards-de-marine-le-pen-17-03-2017-2112735_3121.php (03/05/17)
[10] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150429.OBS8210/brahim-bouarram-assassine-par-l-extreme-droite.html (03/05/17)
[11] http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/04/28/jean-francois-jalkh-le-grand-remplacant-du-fn_5119081_4497271.html (03/05/17)
[12] http://www.resistances.be/vbfn01.html (03/05/17)
[13] Konopnicki, Guy. Manuel de survie au Front. Editions Mille et une nuit (1998), p.27
[14] https://www.youtube.com/watch?v=65mO9sF37hE (03/05/17)
[15] Konopnicki, Guy. Manuel de survie au Front. Editions Mille et une nuit (1998), p.48-49

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