Voter de janvier à décembre

Il m’est arrivé un truc étrange cette semaine. Je me suis levé un matin, les yeux écarquillés d’étonnement, en me disant : « oh, mais en fait ma vie est cohérente ! ». Je le soupçonnais un peu évidemment – on ne fait pas les choses que l’on fait par hasard – mais des mots sont soudainement venus se mettre sur ce qui n’était qu’une sensation diffuse. Je ne vous le cache pas, ça m’a fait du bien de me rendre compte que non, je ne m’éparpille pas : mes réflexions autour de la foi, de la politique et de l’écologie ne sont pas autant de flèches lancées dans des directions différentes. Elles visent bel et bien une même cible. Voilà.

C’est bon de pouvoir le verbaliser, parce que la vie chrétienne se doit d’être cohérente ou en tout cas d’essayer de l’être : je ne peux pas m’arrêter d’être chrétien en entrant dans l’isoloir du bureau de vote, laisser ma citoyenneté à l’entrée de mon magasin bio, ou laisser ma réflexion sur l’écologie en plan sur le seuil de l’église. C’est une évidence me direz-vous ; c’est moins évident toutefois de voir comment les choses s’articulent. Au fond, quelle cohérence ces éléments ont-ils vraiment les uns avec les autres ?

Cette cohérence je l’ai trouvée dans ma carte bancaire. Qui l’eut cru ?

Commençons par la politique. Nous sommes tout feu tout flamme avec l’échéance présidentielle, et c’est bien compréhensible surtout quand on voit comment elle se profile. Mais que se passe-t-il entre une élection et une autre ? Si le peuple a le pouvoir – comme l’annonce le terme même de « démocratie » – comment ce pouvoir s’exerce-t-il concrètement tous les jours, et non pas seulement une fois tous les 5 ans ? Je veux dire : qu’est-ce qui me permet de m’exprimer en permanence et donc d’orienter, petit peu par petit peu, la politique du pays ?

C’est Jésus qui m’a mis la puce à l’oreille. Le bon maître nous averti : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. » (Matthieu 6.24). Or, il ne fait guère de doute que Mamon, c’est-à-dire l’argent élevé au rang d’idole, est celui des deux maîtres que les nations servent. Je ne parle pas là de l’ambition personnelle des candidats à la présidence – chacun aura la sienne – mais de la réalité spirituelle se cachant (à peine) derrière un monde ne jurant que par la croissance et l’enrichissement, un monde qui confond sans sourciller bonheur avec produit intérieur brut.

Dans ce monde, c'est la carte bancaire qui tient lieu de carte électorale Click To Tweet

Dans ce monde là, c’est la carte bancaire qui tient lieu de véritable carte électorale. Dans un monde où la présidence a été confiée à Mamon, la démocratie se joue dans les magasins. Voilà finalement où se trouve le pouvoir du peuple au quotidien.[1] C’est pourquoi il convient de s’interroger sur notre manière de consommer ou, autrement dit, d’avoir une réflexion écologique. Mamon, cet ogre infâme, se nourrit de nos excès et de notre soif de possession. Il se délecte de notre surconsommation et jouit de nous voir attachés à nos biens. Mais qui m’oblige à le nourrir ?

Considérons donc ceci : à chaque fois que nous utilisons notre carte bancaire, nous faisons une offrande. A qui la faisons nous exactement ? Cette offrande sert-elle à prendre soin de la création que Dieu nous a confié, ou au contraire contribue-t-elle à la détruire ? Sert-elle au droit et à la justice, ou sert-elle à l’exploitation des plus faibles ? La liste est longue des questions que l’on peut se poser, mais elle peut se résumer en une seule : notre offrande, la faisons-nous à Dieu, ou la faisons-nous à Mamon ? La réflexion est nécessaire, parce que par défaut… c’est à Mamon !

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[1] D’ailleurs, certains l’ont bien compris : http://www.jevoteauquotidien.fr/

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