Le vélotaf, du sport sans (trop) se fouler

A intervalles réguliers dans l’année, à mon désir d’une vie saine vient s’ajouter le retour des beaux jours. C’est alors que j’entreprends d’aller courir. Je chausse mes baskets et hop, me voici au petit matin arpentant les bords du Cher pour une petite heure de course suivie d’une bonne douche. Vous connaissez ça ? Si oui, vous savez probablement que ça ne tient en général que quelques semaines, puis on retourne s’empâter tranquillement jusqu’au printemps suivant.

Le vrai problème que j’ai avec l’activité sportive, c’est le temps que ça prend. Je suis marié, j’ai trois enfants et un ministère qui occupent bien ma vie : aller courir c’est bien mais j’ai franchement du mal à en faire une priorité, d’autant plus qu’il s’agit de courir pour courir. Il n’y a pas de but en soi en dehors de réduire un peu ce ventre toujours plus bedonnant et de se déboucher les artères (c’est déjà pas mal, vous me direz).

J’ai du mal avec cette idée. Après tout, du temps où il fallait aller chasser le mammouth à mains nues on n’allait pas courir pour courir. On n’avait pas d’abonnement dans les salles de sport. On mourait à 25 ans bouffé par une hyène, mais c’est un autre sujet. Le constat est clair : si j’ai besoin de faire du sport c’est parce que ma vie est trop sédentaire. Finalement, l’astuce consiste peut-être donc, tout simplement, à me bouger un peu plus dans ce qui fait mes activités quotidiennes.

Et c’est là, donc, que je viens vous parler du vélotaf. Le vélotaf, c’est tout bête : c’est le vélo utilisé pour aller au taf. Les « vélotafeurs » sont donc des personnes qui ont décidé, un beau jour (ou un mauvais, comme moi), de ne plus prendre leur voiture pour aller au travail. A la place, ils prennent le vélo. On trouve une myriade d’informations à ce sujet sur internet parce que c’est souvent vécu comme un acte militant : le vélo n’est pas vu ici comme un loisir mais comme un moyen de déplacement quotidien. Du coup, il y a en parallèle toute une réflexion sur la place du vélo dans l’espace public (notamment en ville) et sur l’impact écologique de la voiture.

Bref, l’idée est plutôt sympa et si je la connaissais depuis longtemps, je ne m’y étais jamais vraiment intéressé : ou bien je vivais trop loin de mon lieu d’activité pour pouvoir envisager d’y aller à vélo ou bien, comme maintenant, je vivais trop près pour prendre la voiture.

Mais j’ai réalisé récemment que, ô illumination suprême, le vélotaf ça peut aussi bien marcher pour les trajets pendant le taf : en ce qui me concerne, pour les visites pastorales par exemple. Et même hors du taf, tiens, pourquoi pas ? Genre, pour aller faire les courses, se faire une sortie au ciné… bref, pour tout déplacement trop long pour y aller à pied, et trop court pour justifier la voiture. C’est-à-dire pour la majeure partie de nos déplacements, en fait. Ca tombe un peu sous le sens, me direz-vous. Eh oui, mais que voulez-vous ? Moi on me parle de vélotaf, et du coup je ne pense pas « vélociné », « vélovisite », « vélocourse ». J’ai la tête carrée, on n’y fait pas rentrer des ronds.

Cependant, fort de mon illumination soudaine, il y a 6 semaines et quelques jours j’ai commencé à délaisser la voiture. Et c’est génial ! Voici ce que j’ai découvert.

1. Ca fait vraiment du bien

C’est le premier constat. Mon ministère me fait passer beaucoup de temps assis, et en intérieur. Alors quand j’ai l’occasion de faire un peu de vélo dans la journée, que ce soit pour une visite ou pour une course, je m’aère. Je respire. Je le ressens physiquement : je suis moins stressé le soir, ma fatigue est plus saine et je dors mieux.

2. Ca ne prend pas beaucoup de temps

Ca ne prend pas beaucoup de temps parce que les trajets que je fais en vélo sont des trajets que je dois faire de toute façon. Je ne fais pas du vélo « pour faire du sport », je fais du vélo parce que je dois me rendre quelque part. Donc, si je mets 25mn en vélo au lieu de 15mn en voiture, je ne perds réellement que 10mn de temps… mais j’ai fait 25mn de sport ! C’est rentable et faisable, même avec une vie bien pleine.

Ensuite, ça ne prend objectivement pas beaucoup de temps, et souvent ça en fait même gagner. Si je regarde mon compteur de voiture je constate que ma moyenne de vitesse pour mes déplacements urbains est d’à peine plus de 20 km/h. En vélo, ma moyenne est de 15km/h. Si vous ajoutez à cela le temps qu’il faut pour garer sa voiture, le calcul est vite fait pour une bonne partie des trajets urbains.

3. C’est économique et écologique

C’est assez évident, mais ça vaut la peine de le rappeler. J’ai déjà parcouru un peu plus de 200km ; autant qui n’ont pas été faits en voiture, et donc autant de CO2 en moins rejetés dans l’atmosphère. Si je continue au même rythme, à la fin de l’année j’aurais plus de 1000km au compteur. Si vous faites le calcul, c’est loin d’être infaisable – c’est même assez simple de faire davantage : je parle là de moins de 3km de vélo par jour en moyenne ! Je ne fais pas plus parce que nous avons eu la bonne idée de vivre proche de tout ce dont nous avons besoin (une autre bonne manière de limiter les trajets en voiture, soit dit en passant). N’empêche que 1000km, c’est toujours une bonne centaine d’euros d’économisés sur l’année rien qu’en essence. En ce qui nous concerne, ça nous permettra même très probablement de faire passer la voiture sous la barre des 8000km annuels, barre sous laquelle notre compagnie d’assurance propose un tarif réduit. Si je n’avais pas besoin, du fait de mon ministère et de ma vie de famille, d’un véhicule disponible rapidement et à tout moment, je crois que j’envisagerai sérieusement un abandon pur et simple de la voiture. Au quotidien, nous n’en avons qu’assez peu besoin.

4. C’est plus humain

Il y a d’abord un constat curieux à faire : en vélo, on s’intègre dans l’environnement. On n’en est pas séparé par la tôle de notre véhicule. On entend des bruits nouveaux, on voit des choses nouvelles, bref, le trajet n’est plus seulement utilitaire : il est agréable parce qu’il est l’occasion de multiples découvertes et qu’on a l’impression de faire partie de l’ensemble.

Et puis il y a davantage d’interactions : c’est cette dame qui attend pour traverser et qui sourit en nous faisant signe de passer, c’est ce monsieur que l’on connaît à l’arrêt du bus et qui nous salue… on communique beaucoup plus qu’en voiture. Et comme le vélo est un moyen de déplacement doux, la communication est souvent douce elle aussi. La voiture communique un danger ; le vélo communique plutôt une certaine forme de liberté et de souplesse, quelque chose d’assez sympa (en tout cas si on ne le pratique pas comme un sauvage). Le seul élément parfois violent en vélo, c’est… la voiture des autres !

5. C’est gratifiant

Ben oui, c’est gratifiant de se dire que parce qu’on a le séant posé sur une selle, il y a une voiture de moins en circulation. Et puis il y a un plaisir certain à se voir affranchi des contraintes relatives à la voiture. En vélo, il n’y a pas de bouchons. Pas de routes barrées non plus. Et on est toujours le premier au feu rouge. On a même le privilège de pouvoir en griller quelques-uns (j’ai découvert qu’il y a des petits panneaux sous certains feux tricolores à destination des cyclistes et qui les autorisent à les franchir). De même, il y a des rues en sens unique que les vélos ont le droit de remonter. Sans compter tous les petits raccourcis inaccessibles en voiture. Bref, il y a une liberté en vélo qu’on n’a pas en voiture.

Alors voilà, j’ai adopté le vélo (ou l’inverse). C’est l’une de mes modestes contributions à la préservation de la planète et à l’entretien de ma santé. Si, comme moi, vous n’arrivez pas à faire du sport une priorité, vous avez sans doute là une alternative intéressante. Tentez l’expérience, vous verrez ! Et n’hésitez pas à venir la partager ici 🙂

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