L’effet Trump

Je n’avais pas prévu de mettre ce blog en ligne tout de suite, et encore moins de le rendre public avec un sujet politique. Il faut dire que je n’avais pas prévu que Donald Trump deviendrait le 45ème Président des Etats-Unis.

Quand je fais le bilan, je me rends compte que tout a commencé pour moi en avril 2002. Vous vous rappelez ? On est quelques mois après le 11 septembre et la France se réveille avec une nouvelle gueule de bois. Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour des présidentielles, devant Lionel Jospin qui annonce, du coup, son retrait de la vie politique. Brutal.

A l’époque j’étais sorti illico taguer les affiches électorales et les murs de ma ville pour exprimer mon dégoût et appeler les gens à aller voter au second tour. Ridicule expédition, difficilement menée à cause de la trouille de me faire pincer. J’ai été tellement efficace cette nuit là que je me rappelle encore les endroits que j’ai gratifiés de ma prose pour la bonne raison qu’ils ne furent que deux. Braver l’interdit ça n’a jamais trop été mon truc. Comme militantisme on a vu mieux, mais c’était tout de même l’élan de mes tripes. Pour que j’y aille il fallait que j’en aie gros sur le cœur.

Mon rapport avec la politique s’est pourtant, peu à peu, réduit pratiquement à néant.

La raison principale, c’est un grand sentiment de mascarade. Election après élection, toujours les mêmes discours, les mêmes promesses, les mêmes sourires crispés, les mêmes jeux politiques. Le gouvernement en place se fait – comme d’habitude – vertement critiquer par l’opposition, qui bien sûr promet – comme d’habitude – de faire mieux. Et nous voilà reparti pour 5 ans.

Une deuxième raison, c’est que je n’ai pu m’enthousiasmer avec personne. Pour la raison précitée bien évidemment, mais aussi parce que mes regards distraits sur les candidats ne m’en laissent tout simplement voir aucun qui porte mes idées. Bref, je ne suis convaincu par personne, ni à droite ni à gauche.

Alors c’est vrai, on peut difficilement faire plus désabusé que moi. J’en suis venu petit à petit à la conclusion que, si changement il devait y avoir, il arriverait par des actes bien terriens, venant de la base : l’action citoyenne, les actes concrets de fraternité, les initiatives populaires, le militantisme de terrain. Mais pas par les urnes. Voter m’est au contraire de plus en plus apparu comme un acte complice à la grande farce politicienne. J’y allais, mais en traînant des pieds, sans conviction, comme un serf qui irait élire son monarque. Dans le même temps, je cheminais avec le Christ qui m’avait mis le grappin dessus en l’an 2000. En 2004 je lui ai donné ma vie, puis en 2007 je suis parti en Espagne, m’éloignant ainsi du climat national et de la politique qui va avec, me concentrant sur ma vie de jeune marié et de jeune papa et sur mes études de théologie.

De retour dans l’hexagone six ans plus tard, je suis entré dans le ministère pastoral en gardant cette attitude désabusée, renforcée par ma « déconnexion espagnole » et agrémentée de la volonté d’être le pasteur de tous, ce qui me semblait passer par une attitude politiquement neutre. Mon souhait était de n’influencer personne mais que Jésus nous influence tous, avec cette idée que c’est l’évangile qui doit nous éduquer. Il ne pouvait donc être question de m’afficher politiquement même si bien entendu une parole d’évangile pouvait être posée sur des faits de société, à condition d’en rester au stade de la réflexion et en laissant à chacun la liberté de la conclusion. Une attitude que je crois toujours honorable, mais qui dans les faits a contribué à accentuer mon désengagement du fait politique.

Pendant tout ce temps, bien sûr, le cirque s’est poursuivi. On a continué de croire au changement (avec un grand fourre-tout quant au contenu de ce changement) et à l’efficacité de l’alternance : gauche, droite, gauche, droite. Régularité métronomique, ça va, c’est bien huilé, on peut dormir sur nos deux oreilles.

Avec Trump, la politique réglée comme un coucou suisse a prit du plomb dans l'aile Cliquez pour tweeter

Sauf que hier, le mécanisme a pété. J’entends déjà les sarcasmes de ceux qui me trouveront naïf, voir un peu c…, mais tant pis, j’assume. Endormi que j’étais, je ne m’y attendais pas ou ne voulais pas m’y attendre. Il se trouve que Donald Trump a gagné. Raciste, misogyne, vulgaire : de mon point de vue il aurait voulu perdre qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Mais il a gagné. Jean-Marie Le Pen, lui, n’avait pas gagné en 2002. Il s’était pris une volée au 2ème tour (et encore, assez relative en fait). Mais là, avec Donald Trump, la politique réglée comme un coucou suisse a prit du plomb dans l’aile. Le monde est en train de changer.

Il ne faut en effet pas être un analyste géopolitique d’une grande finesse pour se rendre compte que le monde occidental prend la direction du repli sur soi. L’autre est au mieux un importun, au pire un ennemi à abattre. On veut reconstruire les murs abattus par nos parents. On se sent mieux chacun dans notre coin à régler nos petites affaires entre nous. Et je reconnais que la tentation est grande : on a tous envie d’avoir la paix. On a tous envie d’être tranquille, chez soi, et vu le spectacle que nous offre le monde extérieur, qui n’est pas tenté de fermer sa porte à clefs, de baisser ses stores, et de rester là, en famille, à se tenir chaud les uns les autres ? Quand cette attitude se transcrit dans les urnes, on a logiquement une montée de l’extrême droite, un brexit, un Trump, et… une Marine Le Pen, dont on assume déjà qu’elle sera au 2ème tour. Il est loin, le réveil brutal de 2002. C’est maintenant un petit matin assumé, tranquille, entre une gorgée de café et un coup de dents dans le croissant.

Qu’il faille s’en désoler ou non n’est pas la question que je pose ici. La question, que je me pose avant tout à moi-même, est de savoir si j’avance vers les prochaines élections en citoyen consciencieux ou si je me laisse porter par les événements à cause de ma désillusion, ce qui est une manière à peine détournée, de fait, de fermer la porte à clef et de baisser les stores devant le spectacle trop laid et inquiétant de ce monde en mutation.

Donald Trump a réveillé ma carte d'électeur Cliquez pour tweeter

J’opte donc résolument, aujourd’hui, pour la première option. Donald Trump a réveillé ma carte d’électeur. Hier, j’ai donc demandé à ma chère et tendre, qui allait faire quelques emplettes en centre-ville, de passer par la mairie pour récupérer les documents nécessaires à mon inscription sur les listes électorales. J’étais déjà inscrit, mais à Clermont-Ferrand bien que je n’y vive plus depuis presque 10 ans. Il n’y a rien qui presse quand on est désabusé ; il semble donc que j’ai repris un peu du poil de la bête.

Je ne présage en rien de ce que je vais faire avec ma carte d’électeur, et encore moins bien entendu de ce que vous devriez faire avec la vôtre. Je vais garder l’attitude choisie à l’entrée dans le ministère. Jésus n’ayant jamais pris sa carte ni chez les Républicains, ni au PS, ni au Front de Gauche, ni au Front National, ni n’importe où ailleurs, notre conversion ne s’accompagne pas d’un bulletin de vote à glisser dans l’isoloir – même si on tente parfois de nous faire croire le contraire. C’est à chacun d’examiner les programmes à la lumière de l’Evangile et de voter – ou non ! – en conscience devant Dieu. C’est donc ce que je me propose de faire, en acceptant de me laisser bousculer. Quoi que je fasse de cet exercice à la fin, je veux agir porté par la conviction et non par la désillusion. Et surtout, surtout, je veux agir porté par l’espérance de Jésus-Christ, lui qui est Roi des rois, Seigneur des seigneurs, lui qui règne au dessus de toutes et tous et qui aura le fin mot de l’Histoire.

2 Trackbacks / Pingbacks

  1. Trump, « prompt au deal » ? Ou qu’attendre du nouveau président des USA ? | PEP'S CAFE !
  2. Quelle option pour les chrétiens de gauche ? – Une foi, des actes

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.