[Livre] Aimer nos enfants intentionnellement (Danny Silk)

France, Éditions Première Partie, 2014. 177 pages.

Dans ce livre, traduit en français par Natacha Le Floch-Zakine de l’original anglais intitulé Loving our kids on purpose (édité en 2008 par Destiny Image, Shippensburg, USA), Danny Silk fait cheminer ses lecteurs pour les amener à une relation de cœur à cœur avec leurs enfants.

« Tout ça en 177 pages ? ». Et bien oui, tout ça en 177 pages.

Et même moins, en fait. L’ouvrage est en effet un peu rebutant au départ (mais ne vous laissez pas impressionner, la suite vaut la peine) : vous n’arriverez à l’introduction qu’après avoir passé la dédicace, les remerciements, les recommandations (24 en tout !), un avant-propos et une préface. Vous voici donc arrivé à la page 29 sans avoir encore rien lu de ce qui vous a fait acheter le livre.

C’est d’autant plus contre-productif que l’introduction n’est guère plus engageante. Elle a ce triomphalisme que l’on retrouve parfois dans les ouvrages venus d’outre-atlantique. L’auteur vous annonce sans ciller :

Finies les disputes avec vos enfants ! C’est vrai ! […] Vous allez être lancés dans une course qui dévoilera à vos enfants le cœur de Dieu comme jamais auparavant. Vous parviendrez à connaître la paix et la joie que vous avez toujours désirées en tant que parent.

Le beurre, l’argent du beurre, le sourire de la crémière, tout ! Évidemment, un tel enthousiasme résonne peu avec le caractère ronchon et sceptique du français moyen que je suis. Ne vous inquiétez pas, vous aurez l’occasion de ronchonner à souhait lorsque vous tomberez sur les quelques passages à la traduction franchement laborieuse. Mais vous auriez tort d’arrêter votre lecture pour si peu, à moins que vous puissiez lire en anglais (dans ce cas, fuyez, pauvres fous ! Parce que vraiment, la traduction… argh !). Bref. Le style léger des premières pages laisse en tout cas place un peu plus loin à des réflexions fort intéressantes, et le fait est que ce livre m’a offert des éléments clefs qui ont transformé ma relation avec les nains de jardins qui peuplent mon quotidien, mes trois fils chéris, mes trois perles de grand prix.

Danny Silk et son épouse Sheri sont pasteurs en Californie, mais ils sont surtout – concernant le thème qui nous intéresse – parents de trois enfants, grands-parents, et suffisamment passionnés par la thématique des relations familiales pour avoir fondé un ministère spécifique, « Loving on purpose », que vous pouvez retrouver sur le net ou encore sur Facebook. Danny Silk est également l’auteur de trois autres livres : Culture of Honor, Powerful and Free, et Keep Your Love On.

Aimer nos enfants intentionnellement est son premier ouvrage.

Ce qui interpelle immédiatement dans son livre, c’est le principe de base sur lequel il repose. Permettez-moi de m’y attarder quelque peu.

Vous aurez sans doute déjà entendu parler maintes fois, en matière d’éducation des enfants, du fameux bâton préconisé par les proverbes :

Il déteste son fils, celui qui ménage son bâton ; celui qui l’aime cherche à le discipliner. (Pr. 13.24)

La folie est attachée au cœur de l’enfant ; le bâton de la discipline l’éloignera de lui. (Pr. 22.15)

Ne refuse pas de corriger l’enfant ! Si tu le frappes avec un bâton, il ne mourra pas. Certes, tu le frappes avec un bâton, mais tu arraches son âme au séjour des morts. (Pr.23.13-14)

Et bien vous n’entendrez pas parler de ce bâton avec Danny Silk. Son livre est d’ailleurs sous-titré Communication non violente pour une relation de cœur à cœur. Si on est loin du bâton, vous pouvez néanmoins vous rassurer : il n’a pas jeté sa Bible à la poubelle. Simplement, aux versets des proverbes il oppose la première épître de Jean :

La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour. (1 Jean 4.18)

On lui accordera le fait de s’appuyer sur la Nouvelle Alliance, ce qui peut difficilement laisser indifférent. Danny Silk ne laisse cependant pas l’Ancien Testament en reste. Il nous ramène en effet au tout début de la Genèse pour nous rappeler que Dieu a placé, dans le jardin d’Eden, un arbre curieux, celui de la connaissance du bien et du mal. Avec cet arbre, il a mit Adam et Ève devant un choix : ou bien rester dans une relation de confiance et d’amour avec lui, ou bien lui tourner le dos et lui désobéir. Danny Silk suggère donc que nous avons certes été créé pour aimer, mais pour aimer librement. Cette liberté dans l’amour, c’est ce qu’il nous propose de faire vivre à nos enfants afin qu’eux aussi apprennent à aimer pleinement, sans crainte. Il nous propose, en somme, d’éduquer nos enfants comme Dieu nous éduque, c’est-à-dire en leur laissant le choix – y compris le mauvais – et en leur laissant porter les conséquences de leurs bonnes comme de leurs mauvaises décisions. En deux mots, je dirais qu’il s’agit de les responsabiliser.

Eduquer nos enfants comme Dieu nous éduque Click To Tweet

Dans le premier chapitre, intitulé Le cœur du problème, l’auteur pointe le fait que l’obéissance – que l’on cherche souvent à atteindre, n’est-ce pas ? – n’est pas le facteur décisif avec les enfants. Tiens donc. Quel est le facteur décisif, alors ? Voici sa réponse :

Quand les pharisiens ont demandé à Jésus quel était le plus grand commandement, sa réponse les a surpris. Ils attendaient sa réponse pour pouvoir le piéger, mais au lieu de se laisser enfermer, Il leur offrit une révélation. Il répondit : « Aime Dieu, aime ton prochain, aime toi toi-même » (Luc 10.27). Le plus grand commandement, c’est l’amour. Ces pharisiens avaient espéré qu’Il dirait : « Obéis à ce commandement », car leur culture était imprégnée de l’obligation d’obéir et de se conformer aux « lois ». D’un seul coup, Jésus a fait prévaloir la relation sur la loi. L’amour et la relation sont l’essence du Royaume et si nous souhaitons l’établir dans nos foyers, elles devraient être les nôtres également.[1]

Or, la relation n’est possible que dans la liberté. « Dieu, le Père, explique Danny Silk, s’intéresse davantage à l’amour qu’à la conformité. C’est la raison pour laquelle Il essaie de nous préparer en totale liberté dans un environnement aux options limitées plutôt que de nous maintenir à l’écart du péché. »[2]

Danny Silk rappelle ensuite que le passage de l’Ancienne Alliance à la Nouvelle nous fait passer d’une expérience extérieure à une expérience intérieure (Jérémie 31.31-34). Dans la Nouvelle Alliance Dieu grave sa loi dans nos cœurs, ce qui nous dispense du besoin d’un contrôle extérieur. De plus, Jésus ayant porté notre punition à la croix, « la punition, la colère et l’intimidation ne font plus partie de son attitude envers nous. Dieu est un abri sûr. Parce que le péché a été pardonné dans la Nouvelle Alliance, nous n’avons plus besoin d’être punis ou contrôlés. Nous avons besoin d’apprendre à gérer notre liberté […] ».[3]

Dans le chapitre 2, l’auteur montre comment nos croyances influencent notre manière d’aborder les événements. Or, nous croyons un certain nombre de mensonges concernant les relations humaines, le plus gros étant que « nous pouvons contrôler les autres ». Dans ce cadre là, il aborde la question de la violence, de la colère et de la maîtrise de soi. À la peur de ne pas arriver à contrôler l’autre, Danny Silk oppose l’amour et nous invite également à réfléchir sur l’impact et la puissance de nos paroles.

Chapitre 3, nous voici sur le thème des limites avec des conseils très pratiques et concrets pour protéger « notre être intérieur ».

Le chapitre 4 aborde la question des choix. Sur le principe de la liberté énoncé plus haut, Danny Silk offre non seulement des réflexions intéressantes sur la façon dont on finit par endosser des problèmes qui ne sont pas les nôtres, mais encore des pistes pratiques pour apprendre à laisser le choix à nos enfants et donc à les responsabiliser. Bien entendu, il ne s’agit pas de n’importe quel choix ; le choix proposé amènera toujours l’enfant à assumer ses responsabilités. Le truc génial, c’est que même le mauvais choix est satisfaisant… pour les parents !

Enfin, le chapitre 5 aborde le thème : « Bâtir et protéger des relations de cœur à cœur ». Ici, Danny Silk nous invite à faire de notre mieux pour lier fortement deux messages vis-a-vis de nos enfants : « Je t’aime énormément » et « Que vas-tu faire ? ». Ce faisant, dit-il, les enfants « découvrent que gérer leur liberté revient à cultiver et protéger une connexion aimante et respectueuse avec nous. Notre désir de parents devrait être que la valeur qu’ils accordent à notre relation devienne l’élément déterminant des choix qu’ils font ».

L’auteur nous amène également à réfléchir à la distinction entre discipline et punition.

Et voilà comment on arrive, assez vite en fait, à la fin du livre. Il n’empêche : « Finies les disputes avec vos enfants ! », disait triomphalement Danny Silk en introduction. Et bien vous savez quoi ? C’est assez juste. C’est en tout cas un livre éminemment pratique, dont les conseils m’ont été particulièrement utiles à la maison. On est dans le concret.

Il est disponible chez Amazon, mais aussi à la CLC.

Pour lire la recommandation qui m’a fait acheter le livre, vous pouvez aller voir chez David Bonhomme.

_____
[1] Danny Silk, Aimer nos enfants intentionnellement, p.34-35
[2] Ibid., p.35. L’italique est de l’auteur.
[3] Ibid., p.41-42. Italique de l’auteur.

2 Commentaires

  1. Bonjour,

    je vous remercie pour cette recension, faite avec humour – ce qui ne gâche rien !
    J’ai entendu parler de ce livre, que je n’ai pas encore lu, mais j’ai lu « la culture de l’honneur » du même auteur. La première lecture ne m’avait pas convaincue mais je me souviens de la réflexion suivante, qui m’avait parue très juste : « Si vous ne connaissez pas Dieu, Il vous ressemblera beaucoup. Vous l’inventerez selon votre convenance et vous tiendrez le rôle de rockstar dans cette relation.
    Quand nous ne savons pas qui est Dieu parce que nous ignorons Son amour et la façon dont celui-ci se manifeste, nous prenons peur et Le transformons, Lui et notre relation avec lui, en quelque chose que nous connaissons déjà »(« La culture de l’honneur » de Danny Silk. Hermeneia, 2012, p118). Et « le plus juste » serait de le relire, pour me faire une meilleure idée.

    Sinon, pour revenir au sujet de l’éducation, « aimer nos enfants intentionnellement » me rappelle « la discipline positive » de Jane Nelsen, que j’ai lu cet été (il existe un « courant » de ce type en France, avec Béatrice Sabaté). Elle se réfère aux travaux de deux psychiatres autrichiens, Alfred Adler (1870-1937) et surtout Rudolf Dreikurs (1897-1972) qui mettent en avant les besoins essentiels de l’être humain que sont les sentiments d’appartenance et d’importance : si ces deux besoins sont satisfaits, l’individu peut s’investir pleinement dans ce qu’Adler appelle « l’intérêt social » et aller vers le meilleur de lui-même (voir cette note : http://www.isfec-idf.org/pages/themes/isfecidf/files/Note-ROBBES-discipline-positive-decembre%202015_3003.pdf ). L’idée m’a paru inspirante et digne d’intérêt, mais il reste à la pratiquer dans un (bon) cadre (favorable) pédagogique/éducatif.

    Bien à vous et bien fraternellement,
    Pep’s

    • Bonjour Pep’s,
      Je réponds tardivement… j’ai beaucoup de mal à être à jour dans ma correspondance !
      Simplement, dire que le livre de Dany Silk n’est certainement pas au niveau des auteurs que vous citez. Ca reste un bon livre « américain » (en espérant que l’expression ne sera pas prise péjorativement). Je veux dire par là que la prétention n’est pas de faire un livre très académique, mais plutôt pratique et sympa à lire. Ce qu’il est d’ailleurs très probablement dans sa version originale, mais c’est vrai que la traduction française est vraiment mauvaise. Néanmoins, j’ai malgré tout bien apprécié cette lecture à cause de son idée centrale, que je n’avais jamais vu abordée dans des livres chrétiens traitant de l’éducation (mais il faut dire que je n’en ai pas lu des masses non plus) : celle « d’éduquer comme Dieu nous éduque », c’est à dire une éducation qui interpelle notre coeur pour nous amener à un changement profond, durable, et basé sur une relation de confiance et d’amour. L’amour plutôt que le bâton, moi, ça me parle 🙂

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